Archive pour la catégorie ‘Train réel’
J’avais demandé innocemment à une IA, dont je tairais par prudence le nom (rappelez-vous le « Skynet » de Terminator, brrr), d’améliorer la qualité image d’une carte postale ancienne en vue de l’insérer dans un album de photo de vacances.
La carte représente le temple de Montreux (VD, Suisse), route de Glion, avec en surplomb la ligne de chemin de fer à crémaillère Montreux-Glion (MG : écartement 80cm voie étroite, crémaillère Abt deux lames). La présence de personnel nombreux en uniforme à bord de la voiture pilote, d’un monsieur bien habillé à gauche (un ingénieur ?), et surtout le train à l’arrêt pour la photo pourraient laisser penser qu’il s’agit d’une course d’essai avant l’inauguration de la ligne le 7 avril 1909, ou peu de temps après vu l’état de propreté du ballast.

Le résultat obtenu, si photographiquement acceptable, reste cependant largement une oeuvre d’imagination de l’IA, et ce même si, au final, elle n’est pas complètement farfelue :

Cependant, on peut noter :
. la disparition de l’île Salagnon vers Clarens,
. une « gentryfication » de Territet à gauche de la photo,
. une chaine de montagne en arrière-plan visiblement redessinée qui fait plus penser aux Rochers-de-Naye qu’aux Pléiades (et je ne parle pas du Jura qui a été recréé de toute pièce au fond et à gauche en haut, dans le lointain),
. le temple, qui n’a pas trop souffert malgré un élagage significatif à sa base,
. la présence d’une caténaire genre 25kV moderne, très légère et raccordée à… rien du tout,
. et surtout la mise en double voie du tronçon Les Planches-Toveyre (mais est-ce bien utile quand on sait que la desserte de la ligne en 2026 est d’un train par heure dans chaque sens ?).
Bref, pour le moment, il faudra encore des humains pour remettre les IA dans le droit chemin. Pour combien de temps ?
Complément du 5 août 2026 : une IA concurrente (ChatGPT pour ne pas la nommer) à qui j’ai soumis cet article me suggère :
«
Je te proposerais une légère réécriture de la conclusion
Ta phrase actuelle :
« Bref, pour le moment, il faudra encore des humains pour remettre les IA dans le droit chemin. Pour combien de temps ? »
Je la trouve bonne, mais je la renforcerais légèrement :
« En photographie patrimoniale, l’IA n’est donc pas encore un restaurateur : c’est un excellent illustrateur. Elle améliore volontiers une image… mais n’hésite pas à réécrire l’Histoire lorsqu’il lui manque des informations. Pour quelque temps encore, il faudra donc des humains pour la remettre dans le droit chemin. »
Je trouve que cette formulation met le doigt sur la différence essentielle entre illustrer et documenter. »
Pas faux. ! 🙂
La librairie au 1er étage du London Transport Museum à Covent Garden, où je me rends régulièrement, a sérieusement réduit la voilure. Mais on peut encore y découvrir quelques ouvrages très intéressants, comme The Spread of London’s Underground (4e édition 2024 par Capital Transport). Ce livre retrace l’évolution du métro de Londres depuis le premier tronçon de la Metropolitan Line en 1863 – entre Paddington (Bishop’s Road) et Farringdon – jusqu’à 2023 à l’aide « d’instantanés » sous forme de cartes au style « Harry Beck », chacune correspondant à une période de 10 ans. (Un procédé qui rappellera aux ferroviphiles l’Histoire synchronoptique des chemins de fer français de Bernard Cima, parue en 10 épisodes dans l’hebdomadaire La Vie du rail en 1975).
Chaque décennie est présentée sur deux pages : à droite, l’état du réseau, à gauche un texte résumant les principaux développements durant la période, quelques photos ou dessins bien choisis et surtout la liste chronologique impressionnante des ouvertures/fermetures et changement de noms des stations du plus ancien métro du monde.

Ce livre est une véritable bouée de sauvetage pour le néophyte qui aborde l’étude du métro de Londres. Si la littérature sur ce sujet est abondante, les ouvrages disponibles sont peu illustrés et pauvres cartographiquement, et il faut s’accrocher pour suivre la complexité inouïe des transformations, abandons et ouvertures de lignes, souvent survolées ou peu claires.
A noter : ce livre ne couvre que le métro : Sub-surface et Tube. En particulier, n’y figure plus pour la période 1991-2023 la East London Line (une de mes préférées) intégrée au réseau Overground des TfL depuis 2010.
Une particularité : le livre semble anonyme. N’est cité en page 2 avec le numéro d’ISBN que Tim Demuth (1942-2025). Sa nécrologie dans Underground News n°771 de mars 2026 (revue de la London Underground Railway Society) indique qu’il a travaillé pendant 25 ans au London Transport comme graphiste et Directeur Artistique, responsable de nombreuses publications, dépliants et affiches publicitaires. RIP Tim, et merci !
Nos voisins Britanniques, sous l’égide de Network Rail, ont décidé de fêter en 2025 les 200 ans du chemin de fer « moderne », en créant notamment un site évènementiel « Railway 200 » :

Plusieurs commémorations sont prévues d’ici la date anniversaire fixée au 27 septembre 2025, incluant notamment l’habituel call for action, ici en version française (à noter : le site est traduit en plusieurs langues européennes, pour une fois…) :
[Citation]
« Chemin de fer 200 est une occasion unique de marquer l’histoire et de faire partie de quelque chose de spécial.
Il existe de nombreuses façons de vous impliquer, que vous soyez une autorité locale, une école, une entreprise, un groupe communautaire ou que vous souhaitiez vous impliquer vous-même.
- organiser vos propres activités et événements en soutien à Chemin de fer 200
- suivant Chemin de fer 200 sur les réseaux sociaux et partage(r) ses publications
- partager vos propres histoires ou celles de votre organisation dans le cadre de Chemin de fer 200
- en appliquant le Chemin de fer 200 logo sur l’intranet, l’extranet et d’autres supports de votre organisation
- faire passer le message dans votre communauté locale
- collaborer avec les musées locaux pour voir s’ils peuvent organiser une exposition en 2025
- organiser un local Chemin de fer 200-exposition d’art inspirée
- et bien d’autres opportunités ! »
[Fin de citation]
Le choix du 27 septembre, jour de l’inauguration en 1825 du chemin de fer Stockton-Darlington, peut sembler un peu arbitraire. Il oublie notamment les premiers succès de Richard Trevithick, notamment à Euston Square dès 1808 :

Quant au principe même du chemin de fer, sans remonter au diolkos grec à travers l’isthme de Corinthe il y a 2600 ans, il avait déjà une certaine histoire en 1825. J’avoue une tendresse particulière pour les « chiens de mine », ces wagonnets utilisés dans les mines du Val d’argent en Alsace dès le 16e siècle :
Du côté du modélisme ferroviaire c’est Hornby qui propose un coffret de trois machines emblématiques des débuts de la traction vapeur : la « Rocket » de Stephenson, victorieuse au concours de Rainhill en 1829, la « Locomotion n°1 » de George et Robert Stephenson construite pour la ligne Stockton-Darlington en 1825 et la « Lion« , une 0-4-2 (021) de 1838, construite sous brevet Stephenson (359 GBP les 3 chez Rails of Sheffield).
Nous n’échapperons pas non plus aux opérations « pot de peinture » habituelles, avec notamment :
Grande opération sur le réseau métro urbain RATP : le changement systématique des afficheurs annonçant le temps d’attente pour le(s) prochain(s) trains; un changement qui semble concerner toutes les lignes.
Avant : (station Trocadéro, 9, le 14 mars 2024)

Après : (station Rue de la Pompe, 9)

Le nouveau modèle est beaucoup plus lisible, surtout de loin, en bout de quai.
A noter le changement d’appellation : « 1er/2e train » a été remplacé par « 1er/2e métro » (plus compréhensible internationalement ?).
Autre avantage : l’écran peut être reconfiguré dynamiquement pour afficher des messages :

Toujours la signalétique : à Pont de Sèvres, 9, on annonce déjà la correspondance avec la ligne 15 :

Il va quand même falloir se montrer patient, la ligne 15 devant être inaugurée fin 2025 (tronçon Pont de Sèvres-Noisy Champs). Quand à la sortie 1 « Ile Seguin », les accès et le bâtiment en surface, côté tours Citylights, ne sont pas encore construits…
Enfin ! Après 8 ans de travaux (et peut-être autant d’études ?) le prolongement du tramway T3b de Porte d’Asnières à Porte Dauphine a été inauguré ce jour, vendredi 5 avril 2024.
Le tramway inaugural transportant les huiles arrive sous bonne escorte policière devant l’Université porte Dauphine :

Discours inaugural, et séance d’auto-congratulation des politicos (« il a été réalisé dans les temps et dans le budget » – à vérifier). De gauche à droite : X… représentante de l’Union Européenne (faut bien que les fonctionnaires de Bruxelles s’occupent), Geoffroy Boulard – maire du 17e arrondissement, Valérie Pécresse – présidente de la région Île de France, Anne Hidalgo, maire de Paris, Jean Castaix – ancien Premier Ministre et président de la RATP, Jérémy Redler – maire du 16e arrondissement, Patrick Vergriete – sous-ministre des transports (et des grèves), X. représentante du préfet de Paris (mais où vont-ils chercher leurs chapeaux dans la préfectorale ?), Y. la chauffeuse de salle.

A mon tour en fin d’après-midi de faire mon inauguration personnelle du tronçon Porte Maillot (une porte qui est très gâtée : après le T3b, elle accueillera le 7 mai 2024 le prolongement d’EOLE depuis St Lazare) jusqu’à Porte Dauphine.
Boulevard Gouvion Saint-Cyr – à gauche le Palais des Congrès, à droite la gare du RER C :

Porte Dauphine – à droite la gare Avenue Foch du RER C :

Le terminus Porte Dauphine, à droite devant l’université le bus PC assurant la correspondance en direction du Pont du Garigliano :

Scoop : au cours de leur discours, V. Pécresse et J. Castaix ont déclaré vouloir prolonger le T3b de Porte Dauphine à Pont du Garigliano et ainsi « boucler la boucle ». Rendez-vous donc en 2032, avec – qui sait, soyons optimistes – dans un premier temps le prolongement Dauphine-porte de la Muette…
Voir aussi sur ce Blog : le prolongement du T3b à Porte Dauphine (septembre 2023).
De passage à Broc-Fabrique (FR) en décembre : les travaux de mise à voie normale du tronçon Bulle-Broc sont achevés. Rebaptisée pour l’occasion « Broc-Chocolaterie », la gare – devenue « style RER » sans âme – accueille désormais sur deux voies à quai les automotrices RBDe 560 en provenance de Berne ou Düdingen (pas de train direct le dimanche, changement à Fribourg obligatoire).


Les derniers vestiges de la voie métrique à l’entrée de l’usine Cailler (combien de camions pour assurer la desserte de l’usine désormais ?) :

L’avenir semble bien sombre cependant pour Broc. Nestlé a l’intention de vendre le site de Cailler à des « investisseurs amateurs de chocolat » (sic) qui se font fort de créer un « parc du chocolat »…
A la Porte Dauphine, on se hâte lentement aussi. La mise en service du prolongement de la ligne de tramway T3 de porte d’Asnières à la porte Dauphine semble cependant toujours annoncée pour « fin 2023 », sans plus de précisions.
Le terminus Porte Dauphine devant l’université est en voie d’achèvement :

Après 10 ans de parlottes et 4 ans de travaux (pour 3,2km – à titre de comparaison, les 14 premières lignes du métro urbain à Paris ont été construites en 30 ans pour une distance de 120km, dont la majeure partie en souterrain), le rail Broca (à gorge) a enfin été posé Boulevard Lannes. La LAC (ligne aérienne de contact) aurait été mise sous tension le 4 septembre. Pas testé en posant la main dessus, 750V courant continu, quand même.

Bienfait collatéral, la gare RER C de l’avenue Foch – reconstruite pour l’exposition de 1900 par Juste Lisch (1828-1901), et célèbre dans le monde ferroviaire pour sa « voie des souverains » qui accueillait jadis les trains spéciaux des grands de ce monde en visite – a été restaurée. Notez la mention « Chemin de fer de l’état », qui racheta la compagnie de l’Ouest en 1909 suite à sa déconfiture.


1938 : arrivée du roi Georges VI à la gare des souverains (avenue Foch) – actualités British Pathé.

Tapis rouge, mais pas encore d’escalier mécanique pour sortir de la station. (Installé cinquante ans plus tard en 1988 lors de l’intégration de la gare au RER C).
Autre point positif, la fin des travaux de voirie à Porte Dauphine qui ont rendu la circulation infernale (comme à la Porte Maillot, qui a connu simultanément l’extension du T3b ET la construction de la station de métro pour EOLE), avec un chantier particulièrement mal organisé. Le sens de circulation à Porte Dauphine (anti-horaire puis horaire) ayant été changé plusieurs fois (!) Les plots en béton délimitant le labyrinthe des voies de circulation sont stockés avenue Foch. En arrière plan la « libellule » Guimard de la station Porte Dauphine, ligne 2.

Rendez-vous dans 40 ans – peut-être – pour le bouclage de la boucle T3 Porte Dauphine-Pont du Garigliano ? Un certain Laurent Probst – directeur général de Île-de-France Mobilités (sic) – nous avertissait en 2018 qu' »Il n’y aura pas suffisamment de voyageurs sur ce tronçon » et promettait à la place « un bus en site propre à haut niveau de service (BHNS) » (re-sic). On ne peut que regretter une fois de plus la disparition de la Petite Ceinture, vue ici boulevard Exelmans en direction du viaduc du Point-du-jour (tronçon démoli en 1959) :

Alors que la station Pont de Sèvres (terminus de la ligne 9) est en pleine rénovation suite à l’arrivée de la ligne 15, le panneau de céramique en bout du quai 1 se dégrade considérablement. A quand des mesures de préservation ?
Oeuvre de 1934 par Henri Rapin (1873-1939), conseiller artistique à la Manufacture nationale de Sèvres, située de l’autre côté du pont.
De passage à Broc-Fabrique (canton de Fribourg, Suisse) où l’on se hâte lentement pour la mise à voie normale de la ligne Bulle-Broc (voir mon post du 6 août 2021 : Bulle-Broc : adieu à la voie métrique)

Cette décision malheureuse des Transports publics fribourgeois (Tpf) a fait deux victimes collatérales. Le Nestlé-shop à proximité de la gare a été obligé de déménager dans les emprises de l’usine Cailler sur 1/10e de sa superficie initiale :

Autre victime : la fin du « Train du Chocolat », qui emmenait du temps de la voie métrique les amateurs de theobroma cacaoya de Montreux à Broc via Montbovon et les rails du MOB et des TpF, sans changement. Remplacé par un autocar hideux et polluant :

Au terminus Balard, 8 j’emprunte cette rame MF77 en livrée publicitaire « Le tour du monde en 80 jours » (série diffusée sur France 2 depuis le 20 décembre avec l’ex-Doctor Who David Tennant dans le rôle de Phileas Fogg). Ce pelliculage fait oublier que lors de son arrivée sur le réseau RATP en 1980, le MF77 avait été baptisé « le métro blanc » (et que sa marraine était Mireille Darc).


Les publicitaires ont bien repris les « codes » du matériel Sprague-Thomson des origines du métro parisien (blason de la Ville de Paris, bandeau « Chemin de fer métropolitain », etc), comme ont peut le vérifier sur cette gravure du célèbre Louis Poyet : motrice Thomson Double série M100 de 1902 :





