Archive pour la catégorie ‘Train réel’
Visite au California Railroad Museum à Sacramento.

Le musée fait la part belle à l’épopée de la construction du chemin de fer Transcontinental américain de 1863 à 1869, qui joignait Omaha (Nebraska) à Alameda, Californie, sur la baie de San Francisco en passant par Sacramento. Une évocation assez spectaculaire incluant une 4-4-0 (220 « American) portant le nom du « Gouverneur Stanford » (encore lui 8-( !)

et une reproduction des galeries pare-avalanches dans les Sierras :

Sans oublier les métiers obscurs comme les topographes qui, dans des conditions difficiles, eurent à cartographier une nature sauvage et tenter de trouver un passage à travers la muraille constituée par la Sierra Nevada :

Mention spéciale pour ce record, qui, à ma connaissance, n’a jamais été égalé même avec des moyens modernes : 10 miles (16km) de voie posée en une seule journée près de Promontory Point (Utah – point de jonction entre Central Pacific et Union Pacific), exploit réalisé par une équipe de gandy dancers gallois secondée par une armée de terrassiers chinois :

Le musée fait également un peu de place à la voie étroite avec cette voiture du Nevada Central Railway :

Un mauvais point cependant pour la présentation de trois pièces particulièrement représentative de la voie étroite californienne, reléguées au premier étage dans un coin sombre, une Baldwin 4-6-0 du Nevada Short Line RR, un boxcar du South Pacific Coast RR et un caboose du Pacific Coast Railway 🙁 !

En voie normale, une des deux voitures-salon propriété de Lucius Beebe et Charles Clegg : Georgia Northern #100 « Gold Coast » :

Une représentante de la grande famille des diésels F7A (ex. Western Pacific) :

Le clou du musée étant bien évidemment la Cab Forward AC12 #4294 du Southern Pacific, unique survivante de ces machines de légende :

Difficile de se rendre compte de la taille gigantesque de cette locomotive sans la voir de visu. Juste pour donner une idée : comparer la taille du tender à celle du visiteur au premier plan…

Horloge de l’Embassy Suite. Un petit clin d’oeil auto-adressé à l’auteur de ce Blog 😉

Le Sacramento Southern Railroad est un chemin de fer touristique exploité par le Californa RR Museum qui se faufile sur la berge de la rivière Sacramento :


Une reconstitution d’une gare du Central Pacific Railroad :

Malheureusement, la ligne n’était pas en fonctionnement lors de notre séjour. Un peu de matériel roulant était garé :


En quittant Jamestown pour Sacramento, petite surprise à la hauteur du passage à niveau. La Shay #7 « three-trucks » de la Pickering Lumber Company, qui mériterait quelques petits travaux cosmétiques :

Côté cylindres :

En suivant la route 49 (celle de la ruée vers l’or de 1849) entre Yosemite et Sacramento, visite de « Railtown 1897 », un musée ferroviaire à voie normale situé la ligne Oakdale-Tuolumne City du Sierra Railroad, construite en 1897 pour relier la vallée centrale de Californie aux exploitations minières de la Sierra. Le musée, situé en périphérie de Jamestown, est géré par le California Railroad Museum de Sacramento. Classé en « California State Park », il figure sur la liste des 48 parcs de l’état menacés de fermeture depuis 2008 par le gouverneur Schwarzenegger dans le cadre d’un programme de réduction des dépenses publiques.
La rotonde-atelier est restée « dans son jus » :

Le jour de notre visite, tous les trains étaient assurés en traction diésel, les 3 locomotives à voie normale étant toutes en panne ! Bad day…

Le Sierra Railroad fut surnommé le « Movie Railroad ». Beaucoup de films ont été tournés sur ses lignes, depuis les premiers « serials » dès 1919 comme The Red Glove de Mario Wallkamp jusqu’à Retour vers le futur III , en passant par Go West! des Marx Brothers, High Noon avec Gary Cooper et Grace Kelly et bien sûr la série TV Les Mystères de l’Ouest avec Robert Conrad, où apparaissait la #3 4-6-0 du Sierra Railroad.

Le matériel de la compagnie était plus ou moins maquillé selon les tournages. Ici la cheminée, le fanal et le chasse-boeufs utilisés pour Retour vers le futur III.

Un atelier contemporain de la grande époque de traction vapeur :

Un tour à essieux :

A l’extérieur, une exposition de matériel roulant varié :

Ce wagon plat (la caisse fut rajoutée par la suite) est une relique de l’éphémère Yosemite Short Line Railroad, une ligne à voie de 30 pouces (donc un prototype véritable pour un réseau en On30) qui aurait dû relier Jamestown à l’entrée du parc de Yosemite pour le transport des visiteurs. Les travaux commencés en 1905 s’arrêtèrent en 1906 lors du tremblement de terre de San Francisco qui tarit les sources de financement. Les 8 miles construits ne furent jamais exploités et furent déferrés en 1915.

Une autorail sur base de camion White du Hetch-Hetchy RR , une ligne de 109km qui s’embranchait sur le Sierra Railroad et construite pour la desserte du chantier de construction du barrage de Hetch-Hetchy (« O’Shaughnessy Dam ») dans la Sierra :

Ken, notre guide pour de la visite, en tenue de railroad worker, nous présente une 4-6-0 du Sierra Railroad, en arrière plan un locotracteur Plymouth. Thanks again Ken for the visit:!

Photos (c) 2009 by Frederic Delaitre
Etape à Fish Camp, à l’entrée Sud du Parc National de Yosemite.

Yosemite National Park, à gauche « El Capitan »
Fish Camp est le point de départ du Yosemite Mountain Sugar Pine Railroad (YMSPRR), un chemin de fer touristique à voie de 3 pieds (0,914m) créé en 1961 à l’emplacement du réseau forestier Madera Sugar Pine Lumber Company. Ce réseau fut en exploitation de 1899 à 1931, servant au transport de bois depuis la Sierra National Forest jusqu’à une scierie située à Sugar Pine, CA. A son apogée, la compagnie possédait 140 miles de voie où circulaient sept Shays et plus d’une centaine de log cars.

Le YMSPRR a restauré et fait circuler 2 Shays à 3 bogies, chauffe au fuel, provenant de la West Side Lumber Co. : la #15 (60 tonnes, construction Lima Locomotive Works 1913) et la #10 (83 tonnes, construction Lima Locomotive Works 1928). Cette dernière est la plus grosse Shay à voie étroite encore en fonctionnement.

Le YMSPRR utilise aussi cette petite automotrice « Jenny » sur base automobile Ford modèle « A » :

Les voies de garages du réseau ressemblent à un catalogue Bachmann On30 :




Une pièce unique, un ancien chasse-neige flanger de la West Side Lumber Co. :

Photos(c) 2009 par Frederic Delaitre.
Entre Laws et Yosemite, et avant d’aborder la Tioga Pass à 3031m d’altitude, courte halte au Mono Lake. Ce lac salé est un des plus anciens d’Amérique du Nord puisque datant d’au moins 1 million d’années.

Situé à près de 2000m d’altitude, le lieu n’abrite que des algues, des crevettes et des mouches, et sert de point de ravitaillement aux oiseaux migrateurs en escale. Le lac est célèbre pour ses « tufas » : des concrétions calcaires formées par des sources d’eau douce qui débouchaient au fond du lac.

Dans les années 1940, une grande partie des rivières alimentant le Mono Lake ont été détournées pour alimenter en eau Los Angeles située à plus de 350 miles- un épisode des fameuses « California Water Wars », évoquées par Roman Polanski dans Chinatown (1974), qui conduisirent à l’assèchement de la Owens Valley. Le niveau du lac baissa alors de 14m, révélant alors les « tufas ».

Mono Lake servit de décor naturel au célèbre et cauchemardesque western High Plains Drifter (L’Homme des hautes-plaines – 1973) de Clint Eastwood, qui fit construire sur ses rives le décor de la ville fictive de « Lago » :

La région au sud-est du lac, à l’époque boisée, fut le point de départ d’une des exploitations ferroviaires les plus isolées et les plus obscures de toute la Californie du XIXe siècle, pourtant riche en lignes oubliées : le Benton & Bodie Railroad. Cette ligne forestière à voie de 3 pieds (0,914m) a acheminé de 1881 à 1917 du bois depuis Mono Mills vers la ville minière de Bodie, située 36 miles plus au nord.

Le nom de Benton dans la raison sociale de la compagnie fait référence à un projet avorté d’embranchement entre Warm Springs et Benton, dans l’espoir probablement de se raccorder dans cette ville à la ligne du Carson & Colorado.

La ligne était exploitée par deux 0-6-0T, deux Moguls Baldwin 2-6-0T et une Porter 0-4-2T typiques des lignes de logging. L’arrivée de la ligne à Bodie, ville minière fantôme transformée en musée, se faisait en rampe de 3,8%.
Photos (c) 2009 par Frederic Delaitre et DR.
Accomplissement d’un rêve vieux de 30 ans : découvrir les vestiges du Carson & Colorado RR conservés au musée de Laws. Le Carson & Colorado était une ligne à voie de 3 pieds (0,914m), inaugurée en 1883, rachetée par le Southern Pacific et dont le tronçon septentrional de Laws à Keeler fut exploité jusqu’en 1959. Un chemin de fer hors du temps, parcourant les hauts plateaux désertiques entre Nevada et Californie en desservant quelques exploitations minières isolées. Connu sous le nom de Slim Princess, un directeur de la Banque de Californie déclara un jour que c’était « un chemin de fer construit 300 miles trop long ou 300 ans trop tôt ».

La #18 ex-Carson & Colorado passe devant le Mont Whitney
(4421m d’altitude, point culminant des USA, hors Alaska)
A Laws, des bénévoles ont créé une sorte d’écomusée de la Owens Valley, récupérant aux alentours bâtiments, outillage, véhicules et installant le tout autour de la gare de Laws, où sont garés plusieurs pièces intéressantes, vestiges du matériel roulant du C&C RR. La pièce maîtresse en étant la 4-4-0 #9 (construction Baldwin 1909) qui vient de fêter son centenaire :

Autre régal pour les connaisseurs, ce pont tournant Armstrong-Gallows . Une mine d’informations pour les modélistes ferroviaires faisant dans l’US :

Peu visible malheureusement, le musée abrite aussi une automotrice du Death Valley Railroad :

Photos (c) 2009 by Frederic Delaitre and Collection FD.
Petite pause au MacDo de Mojave, le seul que nous visiterons au cours de notre périple ! Mais nous avions une bonne excuse : vue imprenable sur les convois venant faire une pause après la longue rampe depuis Bakersfield (ici le convoi de semi-remorques UPS vu à Tehachapi 30 minutes avant, voir précédent post) :

Jadis, Mojave était le terminus pour les trains de mules chargés de borax en provenance de la Vallée de la Mort. De nos jours, les équidés ont été remplacés par les C44-9W du BNSF :

Plein à la station service à la sortie nord de Mojave, juste au moment un convoi s’élance vers Searles, sur ce qui reste de la Jawbone Branch, avec en arrière plan les « queues blanches » stationnées sur l’aéroport de Chaffee :

Plein nord vers la Owens Valley. Non loin d’ici se situait le camp d’internement de Manzanar où furent internés pendant la Seconde Guerre Mondiale près de 10 000 américains d’origine japonaise :

Depuis des années, à longueur de forum ferroviaire, quelques passionnés chantent les louanges de la boucle de Tehachapi, selon eux une sorte de Shangri-La du rail. Quittant Los Angeles pour le nord-est via Mojave, nous avons fait bien évidemment un petit détour pour constater de visu.
C’est effectivement un bon endroit de spotting pour les amateurs de gros diésels modernes, luttant avec une rampe de 2,8%, comme cette ES44DC du BNSF, qui se partage avec l’Union Pacific les rails de cette ligne de l’ancien Southern Pacific :

Malheureusement, crise oblige, les trains ont été raccourcis et le dernier wagon de ce convoi de remorques UPS entre de justesse dans le tunnel n°9 au moment où les locomotives de tête « bouclent la boucle » vingt mètres plus haut :

« So what? » Hormis le spotting, et quelques contacts au bord de la piste avec des railfans locaux sympas qui m’ont indiqué quelques bons coins : le site de Tehachapi m’a un peu déçu. Pas de prouesses particulières en matière de génie civil (la ligne avait d’ailleurs été construite à l’économie),

Le site n’a pas le charme de la boucle de Brusio sur la ligne de la Bernina ou le célèbre « Agony Point » (boucle n°2) du Darjeeling-Himalaya :


ni l’importance historique de la ligne de l’Albula, chef d’oeuvre technique, elle aussi toute en boucles, et classée désormais au Patrimoine de l’humanité :

Blasé ? Peut-être. Disons que je n’ai pas ressenti un urgent besoin de reproduire le site au 1/160e en plein milieu de mon salon, et que, peut-être, le site a été un peu « oversold » (survendu) des deux côtés de l’Atlantique. Mais n’est-ce pas le propre des passionnés que d’être excessifs ? 😉
Photos (c) 2009 par Frédéric Delaitre et Collection FD.
On reprend la route, toujours plus au Sud « on the road » :

Arrêt à Guadalupe, paisible station desservie par l’Amtrak qui a rénové la gare en 1998. Il est 12.00 et pas beaucoup de trafic en vue :

Côté engins moteurs, on ne trouve que deux machines de l’Union Pacific (les EMD GP38-2 #579 – ex-Southern Pacific #4816 – et la #1033) affectées aux dessertes locales vers Lompoc et qui s’ennuient ferme sous le soleil écrasant d’août :

Sur la place de la gare, un caboose de l’ancien Santa-Maria Valley RR, un embranchement de 23km venant se raccorder sur la ligne du Southen Pacific à Guadalupe, joue les pots de fleurs :

Le Santa-Maria Valley RR est toujours en exploitation. Une association de ferroviphiles très active en assure la promotion : « The Friends of the SMVRR« .
Toujours par la Highway 1, nous contournons la célèbre base USAF de Vandenberg et nous nous retrouvons sur El Camino Real, dans un lieu bien connu des amateurs de trainspotting. Evidemment, pas un train en vue :

Jusqu’au moment où nous remontons dans la voiture et que nous croisons une UM de SD70 de l’Union Pacific… Grrr !

Courte halte à Santa Barbara, pas le temps de chercher les lieux de tournage du célèbre feuilleton, juste un petit tour à la Marina (l’ambiance rappelle Beaulieu-sur-Mer sur la Côte D’Azur) :

Un petit bateau à vapeur sympathique datant de 1929 qui pourrait faire un modèle intéressant pour un diorama ferroviaire-portuaire :

Après une nouvelle étape dans une autre ville balnéaire et télévisuelle : Malibu (sans grand intérêt malheureusement), la journée est bien avancée quand nous arrêtons la voiture au pied des célèbres coupoles du Beverly Hill Hotel à Beverly Hills 90210, CA.

Pour quelques jours, nous allons quitter la légende du Rail pour entrer dans celle d’Hollywood 🙂
« On a dark desert highway, cool wind in my hair
Warm smell of colitas, rising up through the air
Up ahead in the distance, I saw a shimmering light
My head grew heavy and my sight grew dim
I had to stop for the night
[…]
And I was thinking to myself,
this could be heaven or this could be hell »
– Eagles, Hotel California