Archive pour la catégorie ‘Miscellanées’
Le flâneur du Quai des fleurs à Montreux peut facilement négliger l’imposante ancre de marine exposée face aux Dents du Midi. Quoi de plus normal sur les rives de cette marina, à deux pas de la station de sauvetage ?

Le promeneur attentif, lui, ne manquera pas de lire le petit cartel sur le socle précisant qu’il s’agit d’une ancre d’amarrage qui servait jadis au mouillage des hydravions assurant la liaison Southampton-Montreux. Deux villes qui ont une grande importance pour l’auteur de ce blog, à la fois aficionado du MOB et visiteur régulier de Southampton, un temps membre du Solent Model Railway Group dont il géra pendant 11 ans sa « fenêtre sur Web« . Chose curieuse, en 42 ans de visites à Montreux, je n’avais jamais trouvé de photo de l’hydravion assurant la liaison avec les rives du Solent. C’est enfin chose faite avec cette vue de l’appareil dans la baie de Territet :
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Après enquête, il s’agissait d’un Short Solent, hydravion de 49 places, exploité par Aquila Airways. Fondée en 1948 par Barry Aikman, cette compagnie aérienne exploitait une flotte d’hydravions Short (Sandringham et Solent) depuis le Berth 50 à Southampton à destination de la Cornouaille, Lisbonne, Madère. Elle participa également au pont aérien de Berlin. La ligne Southampton-Montreux semble n’avoir fonctionné qu’en 1957, Aquila Airways ayant cessé ses opérations l’année suivante.
Tous les ouvrages consacrés à l’histoire des chemins de fer suisses commencent plus ou moins, et pour cause, par : « la première ligne de chemin de fer en suisse fut inaugurée le 7 août 1847, elle reliait Zürich à Baden et portait le nom de Spanischbrötlibahn, ou ligne des petits pains espagnols ». Malheureusement, craignant probablement le hors sujet, les historiens ferroviaires omettent généralement d’indiquer ce que sont ces fameux « Spanischbrötli ».

Baden 1847

Baden SBB 2011
Les « petits pains espagnols » sont une spécialité patissière de Baden, Argovie, hautement appréciée par la bonne société Zürichoise du 18e siècle. A l’époque, c’est une pâte feuilletée de forme carrée de 9x9cm que l’on déguste sortie du four. L’anecdote rapporte que les notables de la ville de Zwingli n’hésitaient pas – en ces temps de réglementation du travail inexistante – à envoyer leurs domestiques accomplir de nuit l’aller-retour Zürich-Baden (50km quand même) pour avoir le privilège de déguster les petits pains Badenois frais au petit-déjeûner. De ce point de vue, le chemin de fer constitua une amélioration indéniable des conditions de vie de la domesticité.
Mais la ville de Baden, plus préoccupée par ses eaux sulfureuses et son industrie électromécanique, négligea la spécialité qui fit sa renommée. Les petits pains espagnols tombèrent dans l’oubli. Et il faut attendre 2007 pour que plusieurs boulangers de la ville relancent le Spanischbrötli sous une forme modernisée avec un fourrage constitué de carotte et noisette.
Cette renaissance reste cependant discrète : mes collègues de Baden ignoraient leur existence, ou peut-être s’agissait t’il d’un secret à ne pas partager avec un ausländer
. Après quelques recherches sur Internet et dans la vieille ville, c’est finalement chez Moser’s sur la Schlossbergplatz, au pied de la tour de l’horloge, que je fis affaire :


Pour 3,70 CHF, j’ai pu déguster la version sucrée : carotte + noisette saupoudrée de sucre glace, aux dimensions canoniques de 90 x 90mm :

Le voile s’était enfin levé sur un pan de l’histoire ferroviaire de la Suisse…
Difficile de manquer à Zürich la grande tour de l’observatoire construit en 1907 sur l’Urania Strasse, un des emblêmes la ville avec le Grossmunster et la Confiserie Sprüngli. A 48m d’altitude, équipé d’un télescope Zeiss de 30cm d’ouverture avec optique Fraunhofer, l’observatoire a une fonction essentiellement pédagogique et dispense des cours d’astronomie. Malheureusement, la pollution lumineuse urbaine empêche toute observation d’étoiles lointaines.

Au rez-de-chaussée de l’immeuble s’est ouverte la Brasserie Lipp qui annonce fièrement : « So isst Paris« . Pour un parisien de naissance et de coeur comme votre serviteur, ce genre d’affirmation méritait vérification.

D’ailleurs, un des « Plats Ravigotants » de la carte : le saucisson pistaché de Chéseaux sur un lit de brunoise de légumes et de lentilles à la moutarde de Meaux me faisait de l’oeil depuis déjà quelques mois (en version « faim solide ») :

et m’incita par une soirée glaciale à pousser la porte de l’établissement. Accueil en français (rare à Zürich) et ambiance d’une Brasserie parisienne effectivement bien reconstituée :

Après une petite soupe à l’oignon (« kleine hunger », juste histoire de se réchauffer), on m’apporte le fameux saucisson pistaché avec un verre d’Yvorne Pinot Noir. Un très bon point, il est présenté sur un chauffe-plat à l’ancienne, à l’alcool :

Verdict : excellent. L’association lentilles et moutarde de Meaux en réconciliera plus d’un avec cette malheureuse légumineuse si maltraitée culinairement dans les cantines scolaires et universitaires
L’excellente revue éditée par l’Office des Vins Vaudois nous en donne la recette (avec de la moutarde de Dijon – avis personnel : la Moutarde de Meaux paraît plus adaptée) :

Le producteur de saucisson est la Maison Grandjean & Fils à Chéseaux-sur-Lausanne, route de Genève, 2. Chéseaux est un haut lieu non seulement de la gastronomie mais aussi de la voie métrique puisque située sur la ligne du Lausanne-Echallens-Bercher (LEB)

Le LEB a marqué l’histoire ferroviaire en 1872 en étant la première ligne à voie métrique de la Confédération Helvétique. Autres curiosités : il avait été prévu à l’origine d’utiliser le système de monorail Larmanjat (essayé sur le Raincy-Montfermeil en France avant la guerre de 1870), idée rapidement abandonnée par le Grand Conseil du Canton de Vaud :

A noter également : au début de l’exploitation, le LEB a récupéré quelques voitures à essieux en provenance du chemin de fer système Fell du col du Mont-Cenis, abandonné lors de l’achèvement du tunnel :

Etoiles, saucisson pistaché, le LEB, le chemin de fer système Fell, tout cela peut sembler au mieux capillotracté, au pire complètement incohérent, mais n’oublions pas que nous sommes à Zürich, lieu de naissance en 1916 du mouvement Dada (« l’insignifiant absolu » selon André Gide) dans le célèbre Cabaret Voltaire à l’angle de la Spiegelgasse et de la Munstergasse :

et qui de plus présente en vitrine quelques trains HO Märklin sur des coupons de voie C !

Une des premières sections ouvertes sur mon site Web en 1998 était : « Les tunnels oubliés », une tentative de recensement de quelques unes des galeries abandonnées sous les pavés de nos grandes villes. Parmi ces ouvrages mystérieux, le Clyde (Finnieston) Tunnel de Glasgow tenait une grande place, tant sa visite en 1970 avait frappé mon imagination. Une des particularités du Clyde tunnel était qu’il s’agissait d’un tunnel tri-tube : un pour le passage des piétons encadré par deux autres pour le passage des véhicules (un par sens de circulation). Les souterrains étaient accessibles par des ascenseurs situés dans deux immenses rotondes de part et d’autre des rives de la Clyde.

Les tunnels pour véhicules furent fermés en 1943, puis comblés ultérieurement et oubliés, à telle enseigne que même des vieux Glasgoans ont mis en doute leur existence lors de la mise en place de ma page Web ! Seul subsista le tunnel piéton, fermé en 1980 qui abrite une conduite d’eau de Scottish Water :

Quelle ne fut pas ma surprise il y a quelques années en découvrant le tunnel de l’Elbe à Hambourg (ou Elbtunnel, ou St. Pauli Tunnel, nom du quartier desservi à l’extrémité Nord). Hormis l’absence de passage central réservé aux piétons, sa conception était similaire à celle de Glasgow : deux puits verticaux (avec coupoles, détruites par les bombardements durant la Deuxième Guerre Mondiale) abritant 4 ascenseurs et escaliers, et deux tunnels routiers.

Autre différence de taille : l’Elbtunnel est toujours ouvert et accessible aux promeneurs comme aux véhicules (avec une restriction horaire pour ces derniers), et est beaucoup moins sinistre que son cousin écossais :


Plan de situation (source : Google Maps)
Présenté dans l’iconographie comme un triomphe technique de l’Allemagne wilhelmienne, conçu par Ludwig Wendemuth, les travaux de l’Elbtunnel débutèrent en 1907 sous la direction de Otto Stockhausen. Curieusement, et bien que la technique de construction des tunnels sous air comprimé soit largement employée depuis plusieurs décennies (piles du Brooklyn Bridge, à Paris passage sous-fluvial de la ligne 4 à Saint-Michel, etc.) et ses dangers connus, plusieurs centaines d’ouvriers souffrirent du « Mal des caissons » avec une issue fatale pour trois d’entre-eux. Inauguré le 7 septembre 1911 : le tunnel mesure 426m de long et est creusé à 24m sous la surface.


L’entrée Nord sur la St Pauli-Hafenstrasse dans son état d’origine.
Le Elbtunnel est apparu dans plusieurs films au cinéma dont The Odessa Files de Ronald Neame (1974) et l’Ami américain de Wim Wenders (1977). Classé monument historique, le tunnel accueille une fois par an le marathon de l’Elbtunnel : 48 aller-retours dans le souterrain plus 396,60m.
Visite au Salon de la Photo à la Porte de Versailles. J’assiste à la « Master Class » sur l’éclairage des portraits par Pierre-Anthony Allard, repreneur du célèbre Studio Harcourt, magistral et passionnant nous emmenant depuis Vermeer et Rubens jusqu’à son maître Henri Alekan et le Kubrick de Barry Lindon.
Soudain : surprise, on roule au milieu des projecteurs… Marc Riboud, le photographe et grand reporter, qui venait de recevoir le PIPAK 2010, Prix International Planète Albert Kahn, remis dans le cadre du Salon. Un peu moins connu du grand-public que Doisneau, Willy Ronis ou Cartier-Bresson, Marc Riboud a pourtant réalisé des clichés célèbres comme celle du peintre de la Tour-Eiffel :

ou celle de Jane Rose Kasmir, la jeune fille à la fleur, face aux forces de l’ordre pendant les manifestations contre la guerre du Vietnam à Washington en 1967, qui illustrait mon livre d’Histoire de 3e…

Photos (c) Marc Riboud extraites de son site personnel
En pleine contestation sur la réforme des retraites, le Commissaire général du Salon rappela, pince-sans rire, que Marc Riboud avait réalisé 450 000 photos au cours de sa carrière et que – en se basant sur une vitesse d’obturation moyenne de 1/60e par cliché – il n’avait « travaillé » effectivement que 2h40 au cours de sa vie
Agé de 87 ans, venant de subir une opération chirurgicale et sorti la veille de l’hôpital, il avait tenu à assister au Salon de la Photo. Bien qu’en chaise roulante, son premier réflexe fut de nous prendre tous en photo ! Puis ce fut autour de Pierre-Anthony Allard de réaliser en direct et sans filet une photo de ce maître de la photographie :

Photo prise avec mon Asusphone. Grave erreur : je ne pensais pas avoir besoin de mon matériel photo… au Salon de la Photo
Fort heureusement, au premier rang, Alexandra de Cossette, photographe professionnelle a pris ce superbe cliché :
[ (c) 2010 Alexandra de Cossette, à voir sur son Blog "Un brin de Cossette"] :
Visage diaphane, l’âme affleure.
Aujourd’hui, c’est le 1er août – Fête Nationale Suisse. Notre hôtel avait organisé son traditionnel pique-nique, cette année au dessus de Celerina, au confluent des vallées de l’Inn et de la Bernina (au fond) et à la base du triangle formé par les 3 lignes RhB : Pontresina – Samedan – St. Moritz.

C’est à la sortie de Celerina que se dresse la célèbre église San Gian, emblême de l’Engadine et de la rencontre de deux cultures : italienne avec son campanile à gauche et germanique à droite, avec son clocher détruit par la foudre au 18e siècle et jamais reconstruit :

Dans la vieille ville de Samedan, ambiance de Kermesse populaire avec Wurtze grillées et foire à tout :

Mais le 1er août, les trains suisses suivent l’horaire habituel. La navette Pontresina – Scuol Tarasp quitte la gare de Samedan :

Le soir à Pontresina, le traditionnel feu d’artifice… aux couleurs de la Suisse :

Descente des hauteurs de l’Engadine pour une journée ensoleillée à Zürich. Pas de visite de la cité de Zwingli sans un pélerinage à la Hauptbahnhof. Passons sous le regard sévère de Alfred Escher (1812-1882) statufié par Richard Kissling, qui surveille l’enfilade de la Bahnofstrasse, ses confiseries Sprüngli et ses banques privées. Escher fut un entrepreneur, à l’origine de tout un tas de choses en Suisse, dont l’Ecole Polytechnique Fédérale, et pour ce qui nous occupe dans ce Blog : de la ligne du Saint-Gotthard.

Animation du jour dans le grand hall : le fabricant italien de pâtes Barilla a installé un immense stand de dégustation :

Avec éclairages façons MTV Music Awards :

Et animatrices filiformes qui n’ont pas dû faire une consommation intensive des produits de la marque

Sur le seuil la boutique Edelweiss (dans l’entrée côté Bahnhofstrasse à gauche), les peluches mécanisées continuent leur sarabande infernale sans interruption de 8.00 à 19.00. Le budget « piles » de la boutique doit être conséquent…

En sortant de la gare, nous tombons nez-à-nez avec ce tram historique qui sert selon les saisons et les occasions de tram restaurant (le soir) ou de tram du Père-Noël (en décembre) :

Montée traditionnelle avec le Polybahn…

Jusqu’au panorama de la terrasse de la Hochschüle (EPFZ). Aujourd’hui, CAVOK à l’aéroport de Zürich-Klöten. Une belle journée pour atterrir à Zürich, qui m’aurait changé de quelques atterrissages automnaux un peu « mouvementés »…

Redescente vers la Limmat et le lac par l’incroyable dédale de ruelles et de places de la vieille ville de Zürich, bien éloigné de l’agitation de la Bahnhofstrasse :





Pour arriver au Gross Münster, bien connu des consommateurs de chocolat Frey (très présent sur les emballages des napolitains de la marque) et des aficionados des Ge 4/4 du MOB (en livrée « Golden Pass », mais on se demande pourquoi, le Golden Pass ne desservant pas encore Zürich)…

et terminer sur les bords du Zürichsee. Le temps clair nous permet de découvrir les Alpes…

tandis qu’une bande de joyeux trompe-la-mort de Zürich et d’ailleurs s’entraîne au plongeon de haut vol devant une foule de connaisseurs :

Les 14 juillet se suivent et ne se ressemblent pas. Cette année, il fut particulièrement arrosé, rendant la prise de vue particulièrement… humide :
(Visible en HD sur Youtube)
La pluie s’intensifiant, nous avons battu en retraite aux Galeries Gourmandes du Palais des Congrès voisin, pas pu voir les Bréguet Atlantique, Falcon, Xingu de l’Aéronavale.
Même si l’on n’est pas fou de foot dans la famille, nous suivons tous les quatre ans la Coupe du Monde de la FIFA – et collectionnons les mascottes. Tradition établie par mon fils : nous réunissons toutes les peluches devant la télévision lors de la finale. Pour le 11 juillet 2010, nous avions donc : à gauche Footix (Coupe du Monde 1998, sans ses piles car le zoziau réagit à la moindre vibration et se met à chanter à tue-tête « ohé ohé we are the champions », ce qui en 2010 est un peu déplacé…), à droite le lion Goleo VI et son ballon Pille, souvenir de la Coupe du Monde 2006 (en deux versions : équipe de France et Mannschaft – un énorme bide commercial qui entraina le dépôt de bilan de la société NICI qui en avait acquis les droits) et au milieu le petit dernier : Zakumi, le léopard d’Afrique du Sud 2010.

Absents : Kaz, Nik et Ato, les « Sphériks » de la Coupe du Monde 2002 Corée-du-Sud/Japon, introuvables en France à l’époque. Qualifiés de « monstres protoplasmiques » par Agoravox, ils ne manquent décidément pas à notre collection.
Vu ce matin à 8h30. Les arbres de Nature Capitale stockés au « Camp de Transit » de l’avenue Foch. Ceux dans le fond sont emballés et prêts à être chargés : « Bons pour Dannemarie ».

Envoyé depuis mon Asusphone
